Mes copains les moines d’Angkor Wat

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Angkor Wat, Cambodge. Depuis mon plus jeune age, j’ai toujours eu envie de voir cet immense temple de mes propres yeux. Si, c’est vrai ! Je ne veux pas me la jouer culturel, le gosse qui rêve de voyages et blablabla,  non. Si je connaissais Angkor Wat tout jeune, c’est tout simplement parce que j’avais une playstation, et que comme tout le monde, j’étais un fighter de la mort à Tekken. Et si vous cherchez loin dans votre mémoire, vous vous souviendrez qu’en effet, c’était bien un des décors dans lesquels on pouvait mettre la rouste à ses adversaires pixelisés.

Toujours est-il que j’ai fini par y aller et le voir pour de vrai.

Et c’est grandiose, j’avoue. D’ailleurs la cité d’Angkor, ce n’est pas qu’Angkor Wat. C’est tout un ensemble de temples de pierres perdus au milieu de la jungle. Les guides disent même que l’étendue d’Angkor (qui veut dire Capitale) est aussi large que celle de Paris (!).

C’est tellement grandiose, que forcément, à un moment donné, ça a commencé à éveiller l’intéret des touristes. Et c’est une très bonne chose pour le pays. Rappelons que le Cambodge a été le théâtre d’un des pires épisodes du XXème siècle, avec Pol Pot et ses copains les Khmers Rouges au pouvoir qui ont commis un génocide au mode opératoire comparable à la Shoah. En résulte des milliers de mutilés (que vous ne pourrez pas ne pas croiser) à qui il manque un membre, ou deux, ou trois…

Aujourd’hui, le pays se remet doucement, bien qu’il soit encore très pauvre. Le tourisme amené par Angkor est une ressource salutaire au Cambodge. Mais c’est un plaie pour les vagabonds de mon espèce.

Impossible d’échapper aux bus entiers d’asiatiques venus photographier 1000 fois la même chose. Impossible d’éviter les sandales-chaussettes des vieux européens rouges et transpirants en manque d’aventure. Ils sont partout. Et réussir à prendre une photo sans un seul touriste dessus relève du miracle, ou de la patience.

Alors c’est facile de critiquer, je sais bien. Et puis j’ai moi aussi pris les mêmes photos que tout le monde, parce que quoi qu’on en dise, un coucher de soleil sur un temple de cette trempe, c’est rarement immonde.

Mais j’ai quand même voulu aller un peu plus loin que ça. Ces monuments de pierres sont supers, mais ils n’auraient aucune âme sans les moines qui s’y promènent discrètement, évitant un maximum les chemins trop fréquentés.

J’ai quand même eu envie des les approcher, et si possible, de discuter un peu avec eux. La première fois, c’est d’ailleurs l’un d’eux qui est venu vers moi. Pendant que je tentais une acrobatie pas très fine pour cacher un touriste persistant sur ma photo, une voix calme et mal assurée m’a simplement interpelé, par un simple et efficace « Hello, where are you from ? ».

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– Euh… Corsica ! Small island, near France and Italy !

Et c’était parti. Boren, à peine plus agé que moi, m’expliquais qu’il était moine dans la pagode, au fond là bas, et qu’il était content de pouvoir pratiquer son anglais à l’occasion. Il se débrouillait plutôt bien. Alors on a parlé. De tout, de rien. De la vie de moine, de mon boulot au Vietnam. Il m’a filé son numéro, et nous a invité, ma coloc japonaise et moi même, à passer dire bonjour et boire un thé le lendemain.

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Le lendemain malheureusement, notre chauffeur de Tuk-Tuk n’a pas été en mesure de trouver la bonne pagode. Pourtant, Boren nous avait écrit le nom en Khmer. Nous avons du coup découvert une autre pagode, et en s’approchant respectueusement, nous avons même gagné une visite privée, par le passe-partout des lieux.

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C’est ici que nous avons rencontré un autre jeune, qui lui aussi était en train d’étudier l’anglais… Avec le même bouquin que j’avais au lycée ! Le fameux « English Grammar in Use », qui semble être LA référence, du lycée de Montesoro aux Pagodes cambodgiennes…  Notre nouvel ami n’était lui pas encore moine, mais allait le devenir dès qu’il aurait fini ses études d’anglais. En attendant, il se contentait de vivre parmis eux. « C’est calme ici. »

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J’en ai profité pour lui demander de m’apprendre quelques mots de Khmer, juste les bases, histoire de pouvoir communiquer un peu mieux avec les locaux. Parce qu’un bonjour mal prononcé, ça peut facilement briser la glace et créer une complicité rapidement. Encore mieux, un enthousiaste « I Love Cambodia », qui se prononce plus ou moins [kñom sroline proté kampuchea]. A noter et à utiliser, si vous y passez prochainement.

Nous avons échangés nos e-mails (la magie d’internet !), et nous avons continué. Direction la pagode d’Angkor Wat, histoire de voir.

Et en s’y prenant bien, sans s’imposer. Le tout, c’est de savoir faire partie du paysage. Ne pas sortir l’appareil photo et mitrailler, sans rien demander. Il suffit de se poser, d’observer, et de sourire.

Un gosse s’approche, et s’installe sur mon banc. Le seul à l’ombre. Il jette des cailloux en chantant. Je l’applaudi, et je lui chante A La Fiera di San Francè. Ca le fait marrer, et il me lance un challenge de lancer de cailloux. Objectif, l’arbre d’en face, en utilisant un doigt comme une catapulte. Le salaud devait s’entrainer depuis je ne sais combien de temps, parce que perso je n’ai pas réussi à le toucher une seule fois, cet arbre en bois !

Bon perdant (ok c’est pas vrai, je bisquais, mais j’ai fait mine de rien), je l’ai suivi vers le groupe de moines adolescents à qui il s’est empressé de raconter son exploit. Je me suis fait macagner, forcément. Puis j’en ai profité pour discuter un peu, avec un moine tout neuf qui venait d’intégrer la Pagode.

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« Le plus dur, c’est qu’il n’y a pas de femmes ! Mais bon, c’est mieux. Parce que franchement, c’est impossible de se concentrer quand il y a une jolie femme. Quand j’étais à l’école, j’avais tout le temps les yeux qui se balladaient ! »

Coquin ! Parce qu’il faut savoir que moine, ce n’est pas forcément un choix de vie. Ca peut être juste une étape. Les jeunes peuvent intégrer une pagode pour y apprendre la vie et les conseils de Bouddha, pour quelques mois ou quelques années.

« Ensuite, j’aimerais pouvoir voyager. Mais ça va être dur, parce que ma famille n’a pas beaucoup d’argent. On est assez pauvres. Mais un jour, je voyagerais quand même ! Je veux voir plein de trucs, partout ! »

Des voyages, des femmes et des e-mails. Décidément, on est vraiment pas si différents. Mais quelque chose me dit que j’aurais quand même du mal à trainer mes nouveaux copains au bar…

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