Survivre un hiver à Montréal

Depuis quelques jours, avec ces chutes de neige incroyables sur l’île, on se croirait au Québec, dans « La Belle Province » du Canada. Enfin presque. Ce mois-ci, laissez moi vous parler de l’hiver à Montréal, que j’ai eu la chance d’expérimenter l’an dernier. Sept mois d’hiver, de fin Octobre à fin Mai. Selon les québécois, le printemps a commencé bien avant. Dix degrés au mois de mai, je vous laisse seuls juges.

Un –très – long hiver donc, avec de la neige à volonté et des températures de saisons pouvant atteindre jusqu’à – 36°. Pour information, votre congélateur ne descend que jusqu’à  -18. Les québécois ont d’ailleurs deux façons d’exprimer la température. La température réelle et la température ressentie. Le thermomètre peut afficher un « petit » moins quinze, mais le vent sera un facteur pris en compte dans la température ressentie, qui peut la faire baisser jusqu’à dix degrés de moins. C’est celle qui est généralement annoncée à la météo.

Si l’ont suit cette logique, le soleil devrait donc être un facteur « réchauffant ». Et bien pas du tout. Les jours de grand soleil sont au contraire les jours les plus froids. Aucun nuage, soit rien pour garder le peu d’éventuelle « chaleur » accumulée.

Quelle ne fut pas ma surprise un petit matin de Décembre lorsqu’en mettant le premier pied dehors, je sentis mon nez me gêner. Baptême d’un effet très courant : mes poils de nez avaient gelé (!)

Rien à faire dehors donc. Il faut bien s’occuper.

Vous savez, les fameuses « longues soirées » d’hiver… Et bien pour le coup, le Québec n’en manque pas. Sauf que Montréal est une grande ville avec des immeubles de partout, et les cheminées ne sont pas légion. Soirées figatellu-pulenta proscrites, il a bien fallu trouver autre chose.

C’est pourquoi je me suis mis… au hockey sur glace ! Bon, au début c’était juste à la télé. Montréal a une des équipes les plus célèbres d’Amérique du nord, les « Canadiens », et chaque fois que l’équipe joue, les bars sont bondés. Surtout les bars sportifs, où l’on va « écouter la game avec sa gang » – Regarder le match avec ses amis, en termes plus européens. Les parties sont rapides et se laissent bien regarder, bien qu’entrecoupées de spots publicitaires incessants. Un match se joue en trois tiers-temps de vingt minutes, mais les pauses sont de mêmes durées, pendant lesquelles le téléspectateur est inondé de messages commerciaux.

Fervent amateur de spectacles sportifs divers, j’ai  évidemment voulu aller voir un match « au stade », ou plutôt à l’arène. Histoire de voir l’ambiance, entendre le genre de plaisanteries qu’il s’y fait, les supporters en délire… Et là, grosse déception. Pas un seul commentaire désobligeant sur les géniteurs de tel ou tel joueur, pas une seule réflexion subjective sur l’arbitrage. Ici, les gens se tiennent bien. Un peu trop bien, en fait. Lorsque l’équipe locale marque, comme partout, la joie est immense, tout le monde crie, tout le monde applaudit. Pendant une minute ou deux. Et puis ça reprend. Comme si de rien était. Pas de mauvaise foi, pas de grondement lors d’un but de l’équipe adverse. Lorsque le jeu est arrêté, pendant les mi-temps, et que des machines refont la glace, un tout autre spectacle commence. Pompom girls, lancés de t-shirt dans le public, gros plans de certains supporters sur l’écran géant. Un véritable show à l’américaine. Puis le match reprend, dans une ambiance familiale et beaucoup trop bon enfant pour les méditerranéens que nous sommes. Parti pris pour l’équipe de Montréal, et habitué de la tribune Est de Furiani, je me suis permis de scander tout haut, à l’attention des visiteurs, l’intégralité des slogans et autres intimidations qui me venaient à l’esprit. Mais cela a semblé choquer, alors j’ai dû arrêter.

Le hockey, je m’y suis aussi mis « pour de vrai ». J’ai acheté des patins à glace, une crosse, et j’ai fait comme on fait ici : je suis allé à la patinoire en plein air de mon quartier, où les jeunes et moins jeunes viennent se retrouver. Il y avait deux ou trois autres personnes sur la glace, alors je me suis mis dans mon coin et j’ai commencé à m’entrainer, à me familiariser avec la crosse, les tirs et tout ça. Petit à petit, du monde a commencé à arriver, et lorsque nous étions assez sur la glace pour constituer deux équipes, un joueur s’est approché de moi.

– Hey, tu veux-tu jouer aussi ?
– Euh… c’est ma première fois, mais pourquoi pas. Faut bien que j’apprenne, j’imagine !
– T’inquiète pas, on n’est pas très forts nous autres non plus, mais ça va être bien l’fun.

(Il n’y a pas de fautes dans ces lignes, je retranscris mot pour mot ce qui m’a été dit. A imaginer avec un accent québécois pour plus d’authenticité. Et oui, là bas, on dit bien « tu veux-tu. »)

Puisque ça va être « bien l’fun », pourquoi s’en priver. La constitution des équipes se déroule de la façon suivante : ici, personne ne choisit personne, on met toutes les crosses à terre, côte à côte, alignées, et un des joueurs vient les disperser. Une en haut, une en bas, et ainsi de suite, de chaque côté du terrain. Les joueurs ayant leurs crosses du même côté sont dans la même équipe, et le choix du camp est ainsi fait. La partie se lance rapidement.

Premier constat après un match entier : c’est un sport incroyablement physique, rapide, et violent. Patiner, sans perdre l’équilibre, se concentrer sur le palais, cette petite rondelle noire qui fait office de balle, tout en se battant pour la récupérer, et l’envoyer le plus fort possible au fond des toutes petites cages… En évitant bien sûr les carrures de rugbymen qui vous foncent dessus pour vous empêcher d’avancer ou de récupérer le fameux palais. Et comme la température avoisine les -25°, le tout se réalise très couvert. Transpiration et crève garantie sur le chemin du retour. Mais je dois avouer, qu’effectivement, « c’était pô pire ».

Une autre facette assez incroyable de nos amis québécois – je ne saurais dire si c’est le cas dans le reste du Canada – est leur capacité à attendre le bus… en faisant la queue ! Bien ordonnés, malgré la neige et la température hallucinante,  alors que cinq minutes peuvent suffire à transformer n’importe quel être humain en véritable bonhomme de neige, les Montréalais ne dérogent pas à leur civisme.

Heureusement, il est également possible de se déplacer de façon souterraine à Montréal. C’est un véritable réseau de galeries marchandes et de couloirs qui a été tissé tout autour des stations de métro, qui permet aux habitants du centre ville de  déambuler toute la journée et d’aller travailler sans mettre un pied dehors. Plutôt pratique lors des tempêtes, quand un mètre de neige peut tomber en quelques heures. La ville est alors transformée. Le ciel gris englouti les buildings, les flocons envahissent votre champs de vision, impossible de voir à plus de quelques mètres devant soi, et pourtant, le tout est d’un calme envoûtant. Pas un bruit, pas un son, le silence est total. Les voitures n’avancent quasiment plus, et les bruits de moteurs se perdent dans le froid. La seule bande son disponible est celle de vos pas qui marchent difficilement dans la neige.

A la moindre réflexion sur les températures, on vous répondra à coup sûr que « oui, mais c’est un froid sec ! ». Et c’est vrai. Contrairement à chez nous, où l’humidité peut refroidir jusqu’aux os, le froid canadien peut-être relativement bien isolé quand on est bien équipé. Deux options possibles : la technique de l’oignon, qui consiste à enfiler plusieurs couches de vêtements. Ou la parka d’expédition, sous laquelle vous pouvez même vous balader en t-shirt en restant bien au chaud. Le tout accompagné d’une bonne paire de bottes (on change ses chaussures en arrivant au boulot), un bon bonnet et des gants bien épais, et vous voilà parés à affronter le –au final pas si terrible- froid de l’hiver québécois. Alors, comme le disait Charlebois : « Vulteraghju in Montréal ». Iè, ma per l’estate, O Robert !

Un peu de pub enfin, si vous avez aimé le passeport corse, et que le Québec est votre pays d’origine ou d’adoption, vous aimerez le passeport québécois !

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