Viens, on se traverse le Canada !

L’histoire commence à Montréal. Un Bastiais, un Ajaccien, un peu trop de bières. L’heure est tardive, la meilleure pour lancer des projets un peu fous qu’on ne réalisera jamais.

« Viens, on se traverse le Canada ! »
« Allez ! »

Sauf que cette fois, nous allons le faire.  Equipés de nos sacs à dos et d’une tente. Nous allons essayer de traverser près de cinq mille kilomètres en seulement deux semaines. L’idée est simple : arriver à Vancouver en avion, et retourner à Montréal… à pieds, ou par n’importe quel moyen terrestre que l’on trouvera.

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Notre arrivée sur la côte Ouest du Canada ne pouvait pas mieux tomber. Le soir même, Vancouver rencontre Boston pour le premier match de la finale de Hockey, la Stanley Cup, l’équivalent de notre Champion’s league. La ville est en folie, toute vêtue de bleu et vert, aux couleurs de l’équipe. Des écrans géants ont été installés sur la rue principale, les pubs sont bondés… et Vancouver remporte la victoire ! Nous assistons à une euphorie générale, et nous y participons, supporters d’un soir.

Après avoir visité la ville pendant deux jours, nous voilà sur la route. Notre premier arrêt: Kamloops. Un nom ridicule pour une petite ville de Colombie-Britannique. Seulement une étape, puisque  demain, il nous faudra repartir en avant.  A un croisement, en déambulant dans les rues à la recherche d’un endroit pour dormir,  au coucher de soleil, nous tombons sur la gare ferroviaire. L’alarme retentit, les barrières s’abaissent, et une énorme locomotive rouge estampillée Canadian Pacific passe sous nos yeux lentement. Une idée folle me traverse la tête. Je détourne mon regard pour interpeller mon compère. Je le vois absorbé, sourire aux lèvres : il vient d’avoir la même idée que moi.

« Demain, on saute dans le train ! »

Ce plan occupera nos pensées toute la soirée. Nous plantons la tente dans un coin de parc – en plein milieu des arrosages automatiques, qui se déclenchent à 3 heures du matin, et que nous n’avions, naturellement, pas vus avant de nous coucher. Evidemment, nous n’avions pas mis le double toit. « Mais non ! Il ne va pas pleuvoir, il fait beau ! ». Nuit bien arrosée. Littéralement.

Au petit matin, près des rails, nous mettons en place notre voyage de clandestins. Un premier train part, notre cœur s’emballe… mais nous n’avons finalement pas les tripes nécessaires pour y monter. Déçus, en trainant les pieds, nous nous dirigeons vers la route, levons le pouce, et commençons à faire du stop. Assez vite embarqués, nous sommes déposés une trentaine de kilomètres plus loin, à un embranchement où notre chauffeuse éphémère quitte nôtre direction. Les minutes passent, personne ne s’arrête. Nous sommes au beau milieu d’une route où les gens roulent à 130km/h, et à cette vitesse, impossible de s’arrêter. Encore moins pour ramasser deux barbus improbables. Il est midi, le soleil tape fort, cela fait plus d’une heure que nous attendons, désespérés.

Quand soudain, de l’autre côté de la route, au milieu de nulle part, un train de marchandise dont la longueur semble interminable passe… et ralentit ! Pas le temps de se demander pourquoi, ici, au milieu de rien, loin de tout.  Peu importe. L’adrénaline m’envahit. Nous nous regardons, pétrifiés. C’est maintenant où jamais, et nous le savons tous les deux. « Maintenant ! Cours ! ». Nous attrapons nos sacs, les jetons sur nos épaules, traversons la route au pas de course. Le train ralentit toujours, mais va-t-il ralentir assez pour que nous ayons le temps de sauter dedans ? Pas le temps d’y penser, nous courrons, ce train est notre unique espoir pour sortir de ce trou. Une voiture comprend ce que nous sommes en train de faire, et nous klaxonne. Le poing en l’air, le conducteur est notre supporter. Par la fenêtre, on l’entend crier « Go, go, go !!! ». Nous arrivons au niveau du train, il va encore très vite, mais pas le choix. J’agrippe une barre en fer sur un wagon, jette mon sac en avant, tends le bras à mon complice, il met le pied sur une espèce d’échelle… Nous y sommes ! Affalés sur une étroite plateforme en fin de wagon, haletants, le souffle coupé, trempés de sueurs, nous exaltons.  « Ca y’est, on l’a fait ! »

Tel des beatniks, à la Jack Kerouac, nous voyageons en clandestins sur un train de marchandise. Nous y passons la journée, au rythme des rails qui défilent sous les roues. Les paysages qui s’offrent à nous sont irréels, trop parfaits. Tout droit sortis de cartes postales : lac, cabanes en bois, montagnes encore enneigées, tunnels infinis, forêts denses… Le chemin de fer passe loin de la route, bien qu’il soit parallèle à la Trans-Canada, la route qui relie les deux extrémités du pays, et nous laisse admirer des spectacles époustouflants.

En plusieurs jours, en sautant du train le soir pour dormir dans des villages, nous parcourons des centaines de kilomètres à travers les Rocheuses. Dans des conditions parfois extrêmes, sur un train de charbon, et même dans une locomotive vide. Nous en profitons pour aller voir les célèbres Lac Louise et Lac Moraine, avant d’entrer en Alberta, la province voisine, pays du pétrole et des cowboys. C’est ici que nous terminerons notre périple ferroviaire, pour aller à leur rencontre. Près de Longview, une petite bourgade où bikers, vachers, musiciens de country et éleveurs de bisons se retrouvent au pub. C’est au « Twin Cities » que nous rencontrons Stuart, cowboy en arrêt maladie (qui a dit que les fonctionnaires étaient seuls à s’offrir ce luxe ?) et que nous lui demandons de nous faire visiter les environs le lendemain. Ce qu’il fera avec joie, et visiblement pas mal de fierté, en nous présentant ses amis, les propriétaires des ranchs de la région, et… ses vaches.

« Prends une photo de celle là ! C’est la plus belle ! Belle bête, hein ? Ah et prends celle la aussi ! »

Ne pouvant nous éterniser (5000km en deux semaines, rappelez-vous !), nous reprenons la route depuis Calgary. Alors que le temps joue contre nous, nous décidons de chercher des offres de covoiturage sur Internet. Les deux prochains états que nous devons traverser, le Saskatchewan et le Manitoba, sont juste d’immenses et d’ennuyeux champs de blés. C’est en tout cas ce que nous ont dit tous les canadiens que nous avons rencontrés pendant le voyage.  Heureusement pour nous, il semblerait que quelqu’un aille jusqu’à Winnipeg, à treize heures de route de là. Le rendez-vous pris, le lendemain matin, nous nous rendons compte que notre chauffeur est un biker-camionneur d’une quarantaine d’années, cigare au bec, tatoué de la tête aux pieds, probablement ex-taulard. Le genre de type qui fait peur, et que vos mères vous interdisent de fréquenter. Vous vous souvenez tous du fameux « Ne monte pas en voiture avec un inconnu » ? Et bien bingo, c’est exactement ce qu’on est en train de faire. On tente de discuter un peu. Il n’est, au début, pas très bavard. Puis il nous raconte qu’il est venu dans l’Ouest pour son procès. Ma gorge se serre. Je n’ose pas demander pourquoi. Comme s’il lisait mes pensées, il s’empresse d’ajouter de sa voix tonitruante :  «Eh ! Pour excès de vitesse seulement, Ahah ! Tu as eu peur hein ?». Sous son air impitoyable, le bad boy est en fait un fervent blagueur, qui nous écoulera tout son stock d’anecdotes et de blagues sur 1400km qui nous séparent de Winnipeg. Et Winnipeg, ce n’est qu’à la moitié du pays. Le chemin est encore bien long jusqu’à Montréal. Mais comme le disait Bob Dylan :

Quantu strade omu hà da marchjà, nanzu di chjamallu un omu ?
A risposta, amicu, ci hè u ventu chì a sà

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Article également paru dans le Magazine Aria de Decembre 2011.

Découvrez également notre vidéo de la traversée du Canada.

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2 Responses to Viens, on se traverse le Canada !

  1. bruce dosseh mai 26, 2015 at 10:16 #

    moi je suis un togolais mon reve et ma passions c est l agriculture si vs pouver meder a vs rejoindre pour decouvrir et aprande merci

Trackbacks/Pingbacks

  1. Viaghju » 2 Corsi amichi-amichi - novembre 30, 2011

    […] pas parce qu’on a traversé le Canada comme des beatniks qu’on est pas capables de faire les macs à Miami […]

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