A la recherche de la Pura Vida

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Lorsque je voyage et qu’on me demande d’où je viens, je réponds toujours « Corsica ». Une fois sur deux, on me reprend. « Costa Rica ? » Pas tout à fait. Mais il était temps que j’y mette un pied.

Et puis l’Amérique Centrale, ce petit bout de terre qui sépare deux Amériques et deux Océans, de la côte Caraïbe à la côte Pacifique, a de quoi faire rêver. Nature verdoyante, animaux divers et variés de toutes les couleurs, un des meilleurs cafés du monde… Tous les clichés que vous serez ravis de retrouver dans les guides de voyage habituels.  Mais pas ici.

Ni toucans colorés, ni grenouilles bizarres, ni café incroyable.

De ma journée sur la capitale, San José, c’est une conversation avec un chauffeur de taxi que je retiendrais le plus. Au début peu bavard, il s’avèrera être un véritable puttachjò après avoir compris que je n’étais pas un Américain. « Les Américains, ils se prennent vraiment pour les rois du monde ! Mais les Européens, je les aime bien ! Vous avez des bonnes équipes de foot ! » Le football, où que l’on aille, restera toujours un sujet de prédilection. Au moment de mon séjour, Le Costa Rica s’apprête à inaugurer son tout nouveau stade national. Et à recevoir l’Argentine quelques jours plus tard. « Grosse équipe ! Mais je pense que ce match, ils s’en foutent un peu. Alors on a peut-être nos chances !  De toute façon, l’important c’est que ce soit une grosse fête. Pura Vida !»

Pura Vida, c’est l’expression locale pour dire que tout va bien. C’est ce qu’on répond quand on demande comment ça va, et c’est aux Ticos – du petit nom donné aux Costaricains –  ce que le « Toc de mac » est aux Ajacciens.

Suite à mon bref passage à San José, c’est du côté Pacifique que je me suis dirigé. Des heures de bus, sur des routes parfois réduites à de simples chemins en terre, vers un endroit dont j’avais seulement vaguement entendu parler.

Un petit village qui semble s’étirer sur la côte, perdu dans un coin de monde où personne ne viendra déranger. Pourtant, il saute rapidement aux yeux que l’endroit n’est pas seulement peuplé de Ticos. Quelques étrangers ont bien réussi à s’y implanter. Pour y former une petite communauté de surfeurs, parfaitement intégrée.

Après avoir trouvé une auberge au hasard d’un détour et loué une planche, me voici prêt à me lancer dans les vagues à mon tour. La plage est parfaite, cocotiers, sable blanc. Une véritable carte postale. La température de l’eau est tellement bonne qu’il n’y a pas besoin de porter une combinaison ou un lycra. Les rouleaux sont assez gros, il y a de quoi s’amuser. Peut-être un peu trop même, vu mon niveau de Méditerranéen. Kelly Slater n’a qu’à bien se tenir.

Pendant que je galère pour prendre mes vagues, un jeune me rejoint dans l’eau avec son surf. En quelques secondes, il arrive à mon niveau, en gueulant « Wouuuuuh !!  Qué tal amigo ??? ». Il enchaîne cinq ou six déferlantes en quelques minutes, plus que moi en deux heures. Puis revient me parler. En espagnol. En temps normal, j’arrive à comprendre plus ou moins, mais là, avec le bruit des remous, je suis quasiment persuadé qu’il  vient de me dire « Hay Hay Hay Pepito ». Mais j’avoue douter de la pertinence d’une telle phrase dans ce contexte. Le type est un véritable hyperactif. A chaque vague qu’il aperçoit, un nouveau « Wouuuuh » retenti.  Et quand il voit qu’il y en a une pour moi, mon nouvel ami me siffle. « Gringo !! Vas-y, celle là !! Wouuuuh !!! ». Gringo. On me prend encore pour un Américain ! Bon, je ne lui en veux pas, il a l’œil, et toutes les vagues qu’il me laisse sont parfaites.

« Alors Gringo, comment tu t’appelles ? Lionel ? Ok, moi c’est David » me dit-il en se présentant en anglais approximatif avec un accent terrible.  S’en suivra une série d’explications et de conseils techniques moitié en anglais, moitié en espagnol, que je ferais semblant de comprendre. Pour conclure, David me fait le fameux salut de surfeurs, pouce et petit doigt levé sur une main, à la Brice de Nice. « Pura Vida ! »

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La vie ici est facile. Tout le monde se connaît, tout le monde se parle.

Alors que je m’apprête à aller manger, un bonhomme s’approche de moi. « Amigo, tu veux de la marijuana ? Muy buena ! » C’est toujours pareil, avec mes cheveux longs, on vient toujours me proposer des trucs. Je refuse poliment.  « Même le cigare ? J’ai du cubain, regarde ! » Je lui demande si tant qu’à faire, il n’en aurait pas un costaricain. « Euh… Si, regarde ! Costa Rica ! Le meilleur !» me dit-il en me remontrant le même cigare. O Malignò !

– Comment tu t’appelles ? Moi c’est Benito !
– Benito ? Ce n’est pas espagnol ça, non ?
– C’est italien !
– Ah ouais… On en connait tous un !
– Qué ?
– Non, rien…

Il m’explique qu’après les espagnols, ce sont les italiens qui ont débarqué en amenant leurs prénoms.  Et les prénoms indigènes dans tout ça ?

– Je crois qu’il n’en existe plus…

Au moment du coucher de soleil, sur la plage, les quelques touristes viennent regarder les surfeurs, qui entament les meilleures vagues de la journée, quand la marée est au plus haut. Plus au bord, les enfants s’amusent avec leurs planches immenses, sous le regard protecteur du vieux, « El Viejo ».

Je les ai rencontrés plus tôt dans la journée, à leur sortie de l’école, en train de faire des figures à vélo.  En voyant mon appareil photo, ils se sont prêtés au jeu et m’ont demandé de filmer leurs meilleures cascades. « Et mets les vidéos sur Facebook ! »

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A la nuit tombée, je suis invité pour aller manger dans un restaurant illégal tenu par un émigré espagnol, qui a tout plaqué pour venir vivre cette fameuse « Pura Vida » au Costa Rica. Après un divorce difficile, cet Andalou de 40 ans est parti à l’aventure, et a décidé de faire une paillotte de la cabane qu’il habite au bord de l’eau, derrière les cocotiers. Uniquement sur invitation, notre hôte prépare un plat pour 5 ou 6 personnes, pour un prix à peine plus élevé qu’un restaurant classique.  Que je suis ravi de payer pour financer son mode de vie ! « Je fais juste assez d’argent pour payer les aliments et mon loyer. La cabane n’est pas à moi, c’est un vieux qui me la loue. » Quant aux boissons, il les achète au supermarché et les revend le double. « Mais avec  les bières, je ne fais pas de bénéfices. J’en consomme plus que je n’en vends ! »

En me baladant le lendemain, je passe devant un grand panneau qui propose d’acheter « un bout de paradis ». Sauf que le panneau a été tagué, et on peut désormais y lire la mention ajoutée à la main : « El paraiso no se vende » Le paradis n’est pas à vendre. La route, ici, semble avoir existé un jour. Mais visiblement, elle n’a pas tenu plus d’une saison des pluies. Il ne reste qu’une piste poussiéreuse. On se déplace en vélo, en quad ou en moto, surf sous le bras. Voire en 4×4. C’est tout. Et c’est probablement ça qui a sauvé l’endroit des grands complexes et de l’avènement des fast-foods. Jusqu’à quand ? A sapemu bè, isse cose, pianu pianu, ci ne hè dapertuttu. Ancu inde l’ultimi lochi ch’omu averia pensatu.

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Cet article est également paru dans le Magazine ARIA de la compagnie aérienne AIR CORSICA, au mois de Mai 2011.

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